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Choisir la marge : portraits de rebelles

Des nouvelles du cercle de lecture  ?

Il a redémarré tranquillement et nous avons tenu notre première réunion au CDI le vendredi 15 novembre en présence d’une trentaine d’élèves. Certes, tous n’avaient pas lu les livres dont il était prévu de discuter, mais l’objectif a été atteint puisqu’un certain nombre d’entre eux est reparti en empruntant, tellement l’envie était grande de se plonger dans ces histoires de rebelles, suite aux discussions passionnées et passionnantes.

Au programme donc !

La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël JérusalmyR Jérusalmy

Diplômé de l’Ecole Normale Supérieure et de la Sorbonne, il fait carrière au sein des services militaires de renseignements israéliens. Puis il mène des actions humanitaires et dans le domaine éducatif. Aujourd’hui, ayant pris la nationalité israélienne, il est marchand de livres anciens à Tel-Aviv.

Raphaël Jérusalmy fait le parallèle entre François Villon, le héros de son histoire et lui-même, ce que nous ne manquons certes pas de remarquer au vu des éléments de sa biographie signalés ci-dessus. Il est tombé sur une édition ancienne (1949) du testament de Villon. Ce fascicule est préfacé par Tristan Tzara, dadaïste, mouvement qui précède le surréalisme. Dans cette préface, il y présente sa vision de la biographie de françois Villon : « et nul ne sait ce qu’il advint de lui par la suite« . Il n’en faut pas plus à notre homme pour imaginer la suite…

C’est grâce à tout un travail de recherche, complété bien sûr par son imagination, que Raphaël Jérusalmy nous raconte ce qu’il advenu de François Villon, condamné à « être pendu et étranglé« . Le 5 janvier 1463, le Parlement casse le jugement et le bannit de Paris. Raphaël Jérusalmy imagine… François Villon, premier poète des temps modernes et brigand notoire, croupit dans les geôles de Louis XI en attendant son exécution, quand il reçoit la visite d’un émissaire du roi, en la personne de l’archevêque de Paris…

Et nous voici plongés dans ce Moyen Age clair-obscur où se cotoient luttes de pouvoirs, intrigues, réseaux d’alliances, brigandage, humanisme et libertés personnifiés par une invention qui n’a pas fini de faire parler d’elle, l’imprimerie !

Et si certaines et certains ont eu du mal à rentrer dans l’histoire et à s’y retrouver parmi tous les personnages dépeints dans ces pages, d’autres ont plongé dans cette aventure à la Fanfan la Tulipe et se sont délectés de l’ambiguité  et de la complexité des personnages, tout comme de la complexité de l’époque.

Mais tous ou presque y ont vu un écrit à la gloire du livre et de l’imprimerie, qui permettent la diffusion des idées, en contrant le dogme, en mettant en avant des penseurs antiques comme Platon et sa Res Publica, interdits par Rome. Louis XI ne s’y est pas trompé, qui confie comme première mission à François de convaincre Fust, un imprimeur de Mayence, de venir s’installer à Paris, afin que la France ait aussi ce pouvoir. Puis la mission de François flanqué de son fidèle acolyte maître Colin, se poursuit en Terre Sainte jusqu’à la Jérusalem d’en-bas et la Confrérie des chasseurs de livres, d’où Villon est chargé de ramener les textes anciens qui vont alimenter l’imprimerie.

Raphël Jérusalmy met au service de son écriture ses connaissances professionnelles d’agent secret et de chasseur de livres anciens. Le récit est construit sur des double-sens permanents, jusqu’au sourire de Villon dont on ne sait s’il est une grimace volontaire ou une déformation, jeu entre l’apparence et la réalité, entre le faux et le vrai en matière de textes, qui manipule qui ?

 

Les renards pâles de Yannick Haenely. Haenel

Et nous voici partis pour découvrir un autre rebelle, un autre marginal !

Quelques mots sur notre auteur… Né en 1967 à Rennes, Yannick Haenel a passé sa jeunesse en Afrique, puis a poursuivi ses études au Prytanée militaire de La Flèche. Il a publié 4 romans, ainsi qu’un essai intitulé « Les petits soldats » aux éditions de La Table Ronde, en 1996. Déserteur dans l’âme depuis son expérience lycéenne, et malgré son éducation au prytanée militaire, il appelle par l’ensemble de ses travaux, à l’insurrection personnelle.

Dans ce roman, il narre le parcours d’un personnage qui choisit de s’exclure de la société. Il arrête tout travail, ne paye plus son loyer, et va s’installer dans la voiture que lui a laissé un ami. Pour autant, il ne s’isole pas, mais en organisant et en structurant ses journées, piscine pour se laver et garder la forme, bar pour conserver des relations sociales, il se débarrasse des poids quotidiens et se met en mesure de réfléchir politiquement, philosophiquement et artistiquement.

Il n’a qu’un seul livre à sa portée, c’est cette pièce de théâtre « En attendant Godot » de Samuel Beckett, trouvée dans la boîte à gants de la voiture, dont il ouvre les pages au hasard, qu’il lit et met en relation avec ce qu’il vit du moment présent. Godot est-il un dieu, à l’image de ce renard pâle, dieu du chaos, faisant partie de la cosmogonie du peuple Dogon ? Découvrant des inscriptions en rouge sang acompagnées de symboles, au hasard de ses prégrinations, il va peu à peu tisser du lien avec différents personnages, tous plus étranges les uns que les autres, mais dont les connaissances vont lui permettre de donner du sens à sa vie.

De l’avis des lecteurs présents, voici un texte puissant, lumineux, qui donne de l’énergie. C’est un appel à l’insurrection, qui est là, tout près de nous, à portée de mains !