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Corps en guerre

Au programme de cette avant-dernière réunion du Cercle de lecture, « Corps en guerre » avec les 2 romans, 14 de Jean Echenoz et Journal d’un corps de Daniel Pennac.

Jean Echenoz, 14, Minuit

Jean EchenozJean Echenoz écrit son 1er roman en 1979. Il obtientra le Prix Gongourt pour « Je m’en vais » en 1999. Avec 14, il revient à la fiction tout en parlant d’Histoire.

Si comme nous le dit une participante, on a souvent des réticences à lire des histoires et des romans sur la guerre, le roman de Jean Echenoz ne ressemble pas à ce qui a déjà été fait : il va à l’essentiel, sans longueurs, et s’il reprend des faits déjà entendus, s’il décrit la même chose que ce que l’on a lu et relu, il prend un autre point de vue et va droit au but. Jean Echenoz réussit la prouesse de faire un livre léger tout en parlant d’horreurs.

Les protagonistes de cette histoire ont de nombreux points communs : ils viennent tous de la même commune et de la même entreprise qui fabrique des chaussures ; ils sont jeunes, âgés d’environ 20 ans ; ils sont liés de près ou de loin par des liens familiaux, par des liens d’amitié et des liens d’amour. La description de cette guerre de 14 va se faire par leur intermédiaire, au travers du point de vue de chacun qui vit la guerre de différentes manières. Ce qui est remarquable, c’est que tous partent à la guerre sans peur, voire même avec une dose d’euphorie et de jubilation. Puis viennent de longues semaines d’ennuis, où ils attendent sans savoir ce qui se passe, sans savoir sur quel front ils vont être affectés. L’entraînement est sommaire, le matériel aussi. Mais bientôt ils vont devoir marcher pour rejoindre le front et là ils commencent à souffrir dans leur chair, et puis d’un coup, d’un seul, ils basculent dans l’horreur totale à laquelle ils n’ont été préparés d’aucune façon. D’un bout à l’autre, ces garçons n’auront jamais compris exactement ce qu’ils font là, pourquoi ils sont là…

Daniel Pennac, Journal d’un corps, GallimardDaniel Pennac

Daniel Pennac ou plutôt Daniel Pennachioni est né le 1er décembre 1944 à Casablanca au Maroc. Après une scolarité désastreuse qu’il décrira dans « Chagrin d’école« , il obtient une maîtrise de lettres à Nice et entre dans l’enseignement. Il commence tout d’abord à écrire pour les enfants. Ses écrits sont drôles et il fait preuve d’une imagination débridée comme dans la saga Malaussène. Mais il s’occupe aussi de pédagogie, « Comme un roman« , essai de pédagogie active où il définit les droits de s lecteurs, ou bien étudie et critique les institutions qui en particulier nient l’individu, comme dans « La débauche« , bande dessinée réalisée avec Jacques Tardi, où il appelle à la conscience sociale et civique. Il obtient de nombreux prix littéraires, Prix Renaudot par exemple en 2007, pour « Chagrin d’école« , le Prix du livre Inter pour « La petite marchande de prose« , ou le Prix mystère de la critique pour « La fée Carabine« .

Daniel Pennac nous explique dans « Journal d’un corps » qu’à 13 ans il commence à écrire le journal de son corps et non le journal de ses émotions. Ce journal, qu’il va poursuivre jusqu’à sa mort, lui permet d’apprivoiser son corps et de l’incarner, car au début, comme il nous le dit, il est sans consistance. Mais ce journal n’est pas pour autant un rapport physique du fonctionnement corporel, et même si souvent la langue est descriptive,  juste et crue, Daniel Pennac n’en oublie pas pour autant de parler de ce qui se passe dans la tête, de ce rapport entre le physique et le mental. Comme toujours dans les écrits de Pennac, des moments d’une intense drôlerie.

Au dire de nos lycéens lectrices et lecteurs de ce Pennac, un livre à avoir toujours sur soi, en cas de coup de cafard !