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Trois figures de Candide

Présents ! Une quarantaine d’élèves ont répondu présent à cette deuxième rencontre du Cercle de lecture, ainsi que quelques adultes. Merci à vous.

Au programme de cette rencontre, trois figures de Candide,  celui de Voltaire tout d’abord, en second lieu le vieux candide centenaire de Jonas Jonasson et enfin, le candide roumain imaginé par Tuomas Kyrö.

Ce regroupement détonnant et pourtant évident a permis aux lecteurs de découvrir ou redécouvrir un classique de Voltaire en parallèle avec deux oeuvres contemporaines. Ceux qui ont lu ont apprécié.

Candide, Voltaire

Candide est une oeuvre du 17ème. Voltaire a imaginé les aventures et les voyages de son héros afin de dénoncer par le regard d’un naif, certains travers de la société de l’époque. Notre professeure nous rappelle que le mot « candide » vient du latin « candida » qui indique la couleur blanc pur. Dans la Rome antique, c’était la couleur de la toge portée par les politiciens qui devait laisser entrevoir la pureté de leurs intentions !

Notre Candide vit au départ dans un lieu clos, protégé de toute incursion de la société environnante. Il n’a pas de statut officiel, n’étant qu’un bâtard (né hors mariage). Il va mener un grand voyage en compagnie de son précepteur Pangloss, voyage dont Voltaire va profiter pour placer son héros en position de critique de ce qu’il découvre avec son regard neuf : tour à tour, nous assistons à une dénonciation de la guerre et de son absurdité, de l’esclavage, du fanatisme religieux, de la condition féminine, etc…

A l’issue de ce voyage initiatique, comme le fait remarquer très justement une lycéenne, l’élève dépasse le maître. Candide s’est libéré de l’emprise de Pangloss, alors même que ce dernier n’a tiré aucune leçon de ce qu’il a vécu.

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, Jonas Jonasson

Qui est Jonas Jonasson, l’auteur qui a imaginé les aventures de ce vieux ?

Il est né le 6 juillet 1961 à Vaxjö, en Suède. Il a longtemps travaillé comme journaliste, consultant dans les médias puis producteur de télé. Quand il décide de commencer une nouvelle vie, il commence à rédiger un manuscrit, vend tout ce qu’il possède en Suède et part s’installer dans un village suisse du Tessin. Il publie son manuscrit en 2009.

Grâce au vieux, nous allons traverser un siècle d’histoire contemporaine. Allan Karlsson, notre héros, ne sait pas faire grand chose sinon fabriquer des explosifs. Refusant de fêter ses cent ans dans la maison de retraite où une réception se prépare, il saute par la fenêtre équipé de ses seuls chaussons. Le récit alterne ses aventures actuelles avec celles qu’il a vécu autrefois. Mais ne vous y trompez-pas, Allan Karlsson n’est pas un aventurier ! Il est juste quelqu’un qui n’aime pas se forcer à faire quelque chose qu’il n’a pas envie de faire, et ce faisant, doté de cette personnalité, il va se retrouver à parcourir la planète dans tous les sens, à rencontrer des petites gens de tout acabit comme les personnalités politiques les plus connues, toutes personnes avec lesquelles il réussira le prodige de se lier d’amitié. Comment cela se fait-il ? Tout simplement. Allan refuse de prendre partie pour quelque idée ou pour quelque idéologie politique que ce soit. Rien ni personne n’arrivera à le faire s’impliquer. C’est la seule chose qu’il sait faire, poser des explosifs, qui lui permettra à la fois de se sortir des situations inextricables dans lesquelles il se trouve plongé, comme à les provoquer.

Cette absence d’implication permanente qu’on assimile ici à de la naiveté va permettre à l’auteur au travers de son personnage, tout comme notre Candide bien connu, de mettre en évidence l’absurdité des conflits majeurs du 20è siècle,  de moquer les dictateurs et autres mégalos qui ont fait l’histoire, mais aussi dénoncer la vacuité d’une société actuelle qui se veut policée alors qu’en réalité elle dérive de toutes parts. Le propos est ici de choquer et d’agacer. C’est réussi M. Jonasson, votre vieux nous a prodigieusement agacé, mais il nous a également permis de réfléchir à l’Histoire et nous a grandement perturbé.

Les tribulations d’un lapin en Laponie, Tuomas Kyrö

Tuomas KyroTuomas Kyrö est un inconnu en France. Né à Helsinki le 04 juin 1974, il est journaliste, écrivain, dramature, dessinateur de BD et caricaturiste. Il a écrit 6 romans, mais « Les tribulations d’un lapin en Laponie » est le premier à être traduit en français.

Notre héros est ici un roumain qui n’a jamais quitté sa Roumanie natale mais qui mu par une obssession, offrir à son fils des chaussures de foot à crampons, et par les besoins que celle-ci engendre, va quitter son pays pour trouver du travail en Finlande. Mais peut-on vraiment parler d’un travail ? Vatanescu, c’est son nom, va se retrouver à mendier sur les trottoirs d’Helsinki, petit rouage victime de ses besoins essentiels et simples et de sa pauvreté, dans la grande machine de la mafia russe. Mais Vatanescu de par son regard si naif qui découvre la dure et impitoyable réalité d’un monde globalisé et censément développé, va rapidement devenir un grain de sable dans cet engrenage fait pour broyer de l’humain et rapporter de l’argent. Réagissant presque à son insu, il va être obligé de fuir jusqu’en Laponie, accompagné d’un lapin estropié à qui il a sauvé la vie et qui va vite devenir à la fois sa mascotte et son penseur. Guidé par l’envie d’une vie simple mais vraie, par sa générosité innée, son attention aux autres, son pacifisme, toutes qualités inverses de celles du vieux Allan Karlsson, Vatanescu provoquera et sera mêlé à une multitude d’évènements qui iront jusqu’à renverser totalement la situation.

Le récit alterne là aussi entre la narration de l’histoire et des monologues internes se déroulant dans la tête de Vatanescu et d’Iegor Kugar le trafiquant russe. L’auteur nous démontre également, tout comme J. Jonasson dans « Le vieux qui ne voulait pas mourir » ou Voltaire dans « Candide », qu’une infime poussière peut modifier le cours des choses et que sans doute, loin de perdre tout espoir, l’individu par sa sincérité, sa croyance dans des valeurs humaines et son implication, est acteur non seulement de sa propre histoire mais aussi de l’Histoire tout court. Humour et pensée font ici très bon ménage.

Voici donc trois textes qui ont tout à voir les uns avec les autres. Et pour prolonger vos lectures, si besoin en est, quelques un parmi nous vous conseillent :

L. F. Céline, Voyage au bout de la nuit

A. Camus, L’étranger

A. Paasilanaa, Le lièvre de Vatanen

Bonnes lectures et à la prochaine rencontre, sans tarder !